24/04/2006

Liens de coeur (récit)

 

Juliane était plantée là devant cette grande armoire,  avec dans les mains,  cette lettre jaunie par le temps. Devait elle l’ouvrir maintenant sans que sa mère ne soit là près d’elle ? Il n’y avait pas de nom ni de prénom sur l’enveloppe, juste ces mots : « à ouvrir après ma mort ».

 

Pourquoi avait elle voulu commencer  aujourd’hui à débarrasser  ses vêtements ? Elle avait pourtant le temps ;  les clés de  la maison seraient à rendre le mois prochain.  Quel esprit avait guidé sa main dans la poche de cette veste en tweed qu’il aimait tant ?

 

Assise sur le grand lit, elle  passait et repassait son index sur l’écriture fine de son père. Elle tourna la tête vers la table de nuit et sourit devant la photo : comme il l’aimait, cela se voyait tant ! Il la serrait tellement fort contre lui pour ne pas qu’elle tombe de ce bateau. 

Elle se rappelait si bien quand il lui expliquait le ciel, les étoiles alors qu’ils étaient tous les deux allongés dans l’herbe. De tendres souvenirs  revinrent à son esprit, elle pouvait presque encore entendre sa voix douce et chaude quand il l’appelait « mon ange".

 

Elle sentit les larmes brouiller son regard.  Pourquoi l’avait il quitté si tôt ? Elle avait tant besoin de lui ! Ce père, cet homme extraordinaire qui lui avait toujours servi de modèle et qui était toujours là quand elle voulait se confier. Ses conseils étaient  si précieux, comment allait elle vivre sans sa main sur son épaule, sans ce regard apaisant lorsqu’elle se sentait si mal ?

 

Cette lettre semblait maintenant lui brûler les doigts, il fallait qu’elle l’ouvre. Le coeur battant, elle glissa son index sous le dos de l’enveloppe. Pourquoi avait elle si peur et tellement envie à la fois de savoir ce qui était écrit dedans ? Son esprit était troublé comme si elle pressentait d’avance qu’elle allait découvrir quelque chose de très important.  Elle sortit la lettre de l’enveloppe, le papier était d’un beau bleu, elle reconnu alors  un cadeau de fête des pères qu’elle lui avait offert petite fille ;  elle se revoyait devant lui le cœur battant, tortillant ces nattes d’impatience …

 

L’écriture était un peu chancelante, il avait dû l’écrire durant ces toutes dernières semaines où il lui était devenu si difficile de faire un geste sans souffrir.  Les mots étaient  pourtant écrits avec toute l’application qu’elle lui connaissait.

«  Mes amours,

A toi Mado que j’ai aimé dès le premier regard, tu sais à quel point j’aurais voulu lutter encore et encore pour profiter de ta main dans la mienne chaque soir en m’endormant …Je voudrais maintenant que tu me pardonnes déjà pour ce que je vais écrire, je dois lui dire, tu sais que je dois le faire. Juliane doit savoir ».

Juliane sentit une énorme boule resserrer sa gorge, ses mains se crispèrent davantage sur le papier bleu. 

« Ma petite Juliane,

te voilà devenue une très belle jeune fille maintenant. Je suis si fière de toi. De ce que tu es devenu, de ce  tu que feras, même si je ne serai plus là pour guider tes pas. Combien de fois m’as-tu comblé de bonheur ? Je ne pourrais le dire …J’ai été et resterai le père le plus heureux du monde.  Et pourtant, ce père, mon ange, j’aurais voulu l’être bien plus encore. Je veux dire, j’aurais voulu l’être jusqu’au bout des ongles, te transmettre ce lien de sang...Non, petite Juliane ne pleure pas, je sais, je sais que tu viens de comprendre. Ce papa que tu as toujours connu près de toi n’a de titre de père que ce que la vie a voulu lui offrir ce jour merveilleux de Novembre 1967 : toi et ta maman.

Quel bonheur immense ce jour là,  où j’ai croisé tes petits yeux noirs. Ta mère était si belle en te tenant dans ses bras, elle te serrait fort et semblait tellement désemparée. Je vous ai aimé passionnément toutes les deux dès le premier regard. Peu importe ce qui s’était passé avant, tu étais là, toi et ta maman, mes deux trésors.

Sais tu mon ange que j’ai remercié dieu chaque jour de vous avoir mis sur mon chemin ? Jamais je n’aurais voulu une autre vie ! ».

 

Juliane ne pouvait arrêter les larmes qui coulaient sur ses joues. Elle comprenait tout maintenant, les questions sur ses grands parents et pourquoi ils avaient mis leur fille à la porte. Elle comprenait tout aujourd’hui, la tristesse de sa mère chaque fois qu’elle avait posé des questions sur eux, les larmes d’émotions de son père lorsqu’elle avait demandé de raconter sa naissance. Il était si doué pour raconter, il avait donné tant de détails, tant d’amour dans ses souvenirs qui n’étaient pourtant pas les siens.

Jamais, elle n’aurait pu imaginer qu’on puisse aimer autant.   L’amour qu’elle avait pour lui s’était décuplé en quelques instants. Elle aurait tant voulu qu’il oublie sa peur et qu’il lui dise avant de partir. Il avait eu peur sans doute. Peur qu’elle l’aime moins …

Juliane replia la lettre bleue, la remit dans l’enveloppe puis dans la poche de la veste. Elle souriait, heureuse, apaisée.  Elle sentait son cœur exploser d’amour pour cet homme, ce père, SON père, oui, son père.

 

Peu importe ce qui était vérité, il avait tellement bien su inventer pour elle, ce lien de sang qu’ils n’avaient pas.

Oui, se dit elle , IL méritait ce « titre » de papa  qu’il avait honoré chaque jour de sa vie.

 

Mary

 

16:55 Écrit par Mary | Lien permanent | Commentaires (15) |  Facebook |

Commentaires

Bonjour Mary... tu es très gentille, merci à toi et c'est avec plaisir que je te dis oui , je me suis permise de te mettre en lien également.
bonne fin de journée à toi
je t'embrasse

Écrit par : douce | 24/04/2006

Très beau texte Il me rappelle un film sur un jeune violoniste chinois élevé par un homme qui n'est pas son père biologique, mais qui l'aime plus encore que s'il l'était. Ce film a pour titre "L'enfant au violon" ("Together" en anglais).
Les liens du coeur sont souvent plus puissants que les liens du sang.
Bonne soirée, bisous

Écrit par : Kardream | 24/04/2006

bonjour mary merci mary tu sais tes texte sont également superbe .... bisous

Écrit par : juju | 24/04/2006

superbe texte belle écrit, vraiment ! c'est de toi ? si oui tu as du talent !
à bientôt
bise

Écrit par : jojo | 24/04/2006

bravo !!! Toujours aussi beaux textes :-)
J'espère que tu te fais éditer !

Mes amitiés poétiques, Jenny

Écrit par : jenny | 24/04/2006

une graine... d'écrivaine ??
bonne soirée
bise

Écrit par : joy | 24/04/2006

bonjour aujourd hui je parle de canard a l orange...
connait tu la recette...hi hi hi
merveilleuse journée a toi

Écrit par : coeurdenfant | 24/04/2006

superbe ... texte, grande sensibilité, comme l'ensemble de cet espace; magnifique.
je reviendrai. amicalement

Écrit par : Daniel | 24/04/2006

un tit coucou en passant par ici !!

Écrit par : risaloca | 24/04/2006

Salut Mary Je passe te souhaiter une bonne nuit..
Dis donc, tes textes s'allongent, tu vas bientôt nous écrire tout un roman... lol
Comme c'est très beau, je veux bien te pardonner, mais juste pour cette fois, hein !
Salutations amicales

Écrit par : marc | 24/04/2006

Superbe texte et très émouvant.
Bonne semaine douce Mary

Écrit par : Marc | 25/04/2006

Toujours... D'aussi bels écrits...oui...les liens du coeur dépassent ceux du sang...je suis bien d'accord moi aussi.

Bisous Mary!!

Écrit par : Nat | 25/04/2006

douceur Comment faites vous pour écrire de si belles choses alors que nous vivons dans unmonde de bruts Félicitations et continuez à nous faire réver.

Écrit par : marie ange | 23/05/2006

sigh.... J'en ai les larmes aux yeux, tellement c'est beau...

Écrit par : do | 23/05/2006

Je suis ému !!! Cette histoire est si bien racontée... Si émouvante !!!
Merci de m'avoir fait pensé à la lire, c'était un moment merveilleux....

Bravo... Bises douces à toi aussi Mary...
Jean-François

Écrit par : quarkenciel | 31/05/2006

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