06/07/2008

Lien de coeur

Numériser



Juliane était plantée là devant cette grande armoire,  avec dans les mains,  cette lettre jaunie par le temps. Devait elle l’ouvrir maintenant sans que sa mère ne soit là près d’elle ? Il n’y avait pas de nom ni de prénom sur l’enveloppe, juste ces mots : « à ouvrir après ma mort ». Pourquoi avait elle voulu commencer  aujourd’hui à débarrasser  ses vêtements ? Elle avait pourtant le temps ;  les clés de  la maison seraient à rendre le mois prochain.  Quel esprit avait guidé sa main dans la poche de cette veste en tweed qu’il aimait tant ? Assise sur le grand lit, elle  passait et repassait son index sur l’écriture fine de son père. Elle tourna la tête vers la table de nuit et sourit devant la photo : comme il l’aimait, cela se voyait tant ! Il la serrait tellement fort contre lui pour ne pas qu’elle tombe de ce bateau. 

Elle se rappelait si bien quand il lui expliquait le ciel, les étoiles alors qu’ils étaient tous les deux allongés dans l’herbe. De tendres souvenirs  revinrent à son esprit, elle pouvait presque encore entendre sa voix douce et chaude quand il l’appelait " mon ange".  

 Elle sentit les larmes brouiller son regard.  Pourquoi l’avait il quitté si tôt ? Elle avait tant besoin de lui ! Ce père, cet homme extraordinaire qui lui avait toujours servi de modèle et qui était toujours là quand elle voulait se confier. Ses conseils étaient  si précieux, comment allait elle vivre sans sa main sur son épaule, sans ce regard apaisant lorsqu’elle se sentait si mal ?

Cette lettre semblait maintenant lui brûler les doigts, il fallait qu’elle l’ouvre. Le coeur battant, elle glissa son index sous le dos de l’enveloppe. Pourquoi avait elle si peur et tellement envie à la fois de savoir ce qui était écrit dedans ? Son esprit était troublé comme si elle pressentait d’avance qu’elle allait découvrir quelque chose de très important.  Elle sortit la lettre de l’enveloppe, le papier était d’un beau bleu, elle reconnu alors  un cadeau de fête des pères qu’elle lui avait offert petite fille ;  elle se revoyait devant lui le cœur battant, tortillant ces nattes d’impatience …

 

 L’écriture était un peu chancelante, il avait dû l’écrire durant ces toutes dernières semaines où il lui était devenu si difficile de faire un geste sans souffrir.  Les mots étaient  pourtant écrits avec toute l’application qu’elle lui connaissait :

  «  Mes amours, A toi Mado que j’ai aimé dès le premier regard, tu sais à quel point j’aurais voulu lutter encore et encore pour profiter de ta main dans la mienne chaque soir en m’endormant …Je voudrais maintenant que tu me pardonnes déjà pour ce que je vais écrire, je dois lui dire, tu sais que je dois le faire. Juliane doit savoir ».Juliane sentit une énorme boule resserrer sa gorge, ses mains se crispèrent davantage sur le papier bleu.  « Ma petite Juliane, te voilà devenue une très belle jeune fille maintenant. Je suis si fière de toi. De ce que tu es devenu, de ce  tu que feras, même si je ne serai plus là pour guider tes pas. Combien de fois m’as-tu comblé de bonheur ? Je ne pourrais le dire …J’ai été et resterai le père le plus heureux du monde.  Et pourtant, ce père, mon ange, j’aurais voulu l’être bien plus encore. Je veux dire, j’aurais voulu l’être jusqu’au bout des ongles, te transmettre ce lien de sang...Non, petite Juliane ne pleure pas, je sais, je sais que tu viens de comprendre. Ce papa que tu as toujours connu près de toi n’a de titre de père que ce que la vie a voulu lui offrir ce jour merveilleux de Novembre 1967 : toi et ta maman.Quel bonheur immense ce jour là,  où j’ai croisé tes petits yeux noirs. Ta mère était si belle en te tenant dans ses bras, elle te serrait fort et semblait tellement désemparée. Je vous ai aimé passionnément toutes les deux dès le premier regard. Peu importe ce qui s’était passé avant, tu étais là, toi et ta maman, mes deux trésors. Sais tu mon ange que j’ai remercié dieu chaque jour de vous avoir mis sur mon chemin ? Jamais je n’aurais voulu une autre vie ! ». 

 Juliane ne pouvait arrêter les larmes qui coulaient sur ses joues. Elle comprenait tout maintenant, les questions sur ses grands parents et pourquoi ils avaient mis leur fille à la porte. Elle comprenait tout aujourd’hui, la tristesse de sa mère chaque fois qu’elle avait posé des questions sur eux, les larmes d’émotions de son père lorsqu’elle avait demandé de raconter sa naissance. Il était si doué pour raconter, il avait donné tant de détails, tant d’amour dans ses souvenirs qui n’étaient pourtant pas les siens. Jamais, elle n’aurait pu imaginer qu’on puisse aimer autant.   L’amour qu’elle avait pour lui s’était décuplé en quelques instants. Elle aurait tant voulu qu’il oublie sa peur et qu’il lui dise avant de partir. Il avait eu peur sans doute. Peur qu’elle l’aime moins …

 

Juliane replia la lettre bleue, la remit dans l’enveloppe puis dans la poche de la veste. Elle souriait, heureuse, apaisée.  Elle sentait son cœur exploser d’amour pour cet homme, ce père, SON père, oui, son père.

 

 Peu importe ce qui était vérité, il avait tellement bien su inventer pour elle, ce lien de sang qu’ils n’avaient pas.

 Oui, se dit elle , IL méritait ce « titre » de papa  qu’il avait honoré chaque jour de sa vie.  

Mary

23:19 Écrit par Mary dans Général | Lien permanent | Commentaires (9) |  Facebook |

Commentaires

Quelle belle histoire Mary !!!! L'émotion est grande en te lisant et puis on a envie d'aller au bout, savoir ce qu'il y a dans cette lettre ..
merci à toi !

Écrit par : nathalie | 07/07/2008

Emotion ... mon père aussi m'a trouvé "toute faite".

Écrit par : Azelye | 07/07/2008

Entre liens du sang et liens du cœur... Bisous doux

Écrit par : Charles | 07/07/2008

Jolie frimousse, c'est toi petite Mary ? un texte qui me parle, me touch, me bouleverse aussi.

Au plaisir de te lire encore et encore;

Écrit par : michèle | 08/07/2008

J'ai un peu le même passé sauf que pour moi Papa et maman m'ont eu toute faite et il y a de cela bien longtemps (20 ans avant toi et le même mois), bien avant que l'on parle des adoptions.
Continues à adorer ton papa petite Mary

Bisous

Marie

Écrit par : Marie | 08/07/2008

Bonjour Mary Qu'il est doux que tu te souviennes de moi ma chère Mary.
Ces liens de coeur sont bouleversants.
Bisou pichou et jazzou.
Duke

Écrit par : DUKE | 08/07/2008

Je pense à toi... chère mary merci de ton message grand plaisir à te lire.
C'est vrai que parfois de s'inventer un nouveau monde fait du bien au coeur.
Je passais te souhaiter un bon week-end et belle semaine ils annoncent beau pour ce 14 juillet alors profitons en. Quand à moi à part un horrible lumbago tout va bien.
Au fait le sais tu que… mais chut…surprise !...
A la semaine prochaine.
Bisous xxx
COCO !
http://cedricangel.skynetblogs.be

Écrit par : COCO ! | 11/07/2008

Ce texte est beau et émouvant. Mon passé est tout différent, mais je n'ai pas besoin de m'identifier pour aimer.

Écrit par : Edouard | 11/07/2008

Toujours autant de poésie! A toi, Mary, qui ressemble peut être à ette petite poupée, Le texte est trés émouvant. Je t'embrasse. Et tes images si jolies. Merci, mary.

Écrit par : clonany | 03/08/2008

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