30/10/2008

Destins croisés : Mary raconte Marie

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Il était une fois un jour très froid de janvier : le 19 janvier 1914. Ca y est, un petit cri de bébé retenti dans la maison familiale, Marie, Eulalie est née. Petite Marie vient d’ouvrir ses jolis yeux noirs sur ce monde où elle va désormais vivre, entre une maman à la santé fragile et un père bourru mais « gentil » à ses heures .Marie sera la troisième enfant d’une famille de quatre. Elle grandira chaque jour dans cette ferme modeste que possédaient ses parents. Elle ira peu à l’école et travaillera beaucoup pour aider comme tous ses frères et sœurs d’ailleurs, peu de place pour la lecture ou autre activité intellectuelle.


Et puis un matin petite Marie ne peut pas se lever, une très grosse fièvre la tient couchée. Le docteur annonce la terrible nouvelle : diphtérie !!!!!!! Elle va tenir bon, se battant férocement contre la mort pendant des jours. Mais quand elle ouvrira les yeux en demandant de l’eau deux semaines  plus tard, elle découvrira que ce n’est pas sa maman qui est à son chevet mais une tante. Celle ci lui annonce froidement qu’elle est morte, emportée par cette maladie qu’elle aussi, avait contracté. Marie devine déjà que cette tante sera, pendant des années son pire cauchemar.

La tante est venue vivre avec son frère, pour aider mais a vite profité de la situation et de sa soif de « pouvoir » sur les enfants de la famille : la marâtre de Cendrillon n’aurait pas fait mieux.

Et puis Marie grandit et devient une belle jeune fille de 15 ans. Elle a de très jolis cheveux que l’on juge trop beaux sans doute, trop aguicheurs ; jalousie mal placée ? peut-être, en tous les cas, on lui coupe de force.. Elle pleure Marie, oui elle les pleure ses cheveux pendant des jours.  Et puis Marie se rebelle, ose affronter le regard de la tante ! Ose dire qu’elle veut retourner à l’école, apprendre. Mais on ne l’entend pas ainsi, alors elle se retrouve enfermée pendant des semaines, juste de quoi grignoter un peu, jusqu’à ce qu’elle cède et reprenne son travail à la ferme. Elle comprend vite que son père, dépassé par les événements et la mort de sa femme, ne lui sera d’aucun secours. Alors elle ruse, elle feinte, montre qu’elle est résignée, qu’elle n’a plus envie d’étudier et place cette soif d'apprendre loin, là,  dans un coin de son cœur,

« plus tard » pense t-elle …. » un jour …un jour j’apprendrai à lire et à écrire …»


Marie a 18 ans, et en allant porter du lait au village d’à côté, rencontre une "dame", sage femme de son métier qui cherche une «  bonne ». Marie entend la conversation entre cette femme et l’épicière et elle la suit un moment jusqu’à sa voiture et là se lance. Elle voit en cette femme, l’espoir d’une vie meilleure. Et à ce moment là, Marie ne se doute pas encore à quel point cette rencontre va changer sa vie.

Et bien c’est entendu, cette femme lui dit de se présenter chez elle, le lundi suivant, en précisant qu’elle devra s’occuper d’une très grande maison mais aussi d’une petite fille. Peu importe, la jeune femme est heureuse, oui .pour la première fois de sa vie, elle est vraiment heureuse. Oui, mais voilà comment présenter la chose en rentrant ???

Marie, petite futée, a une idée, et même une très bonne idée qui devrait sans problème faire accepter « l’événement » à une femme vénale : le salaire qu’on lui propose. Et en effet, Marie obtient, avec quelques grincements de dent, l’autorisation d’aller travailler, à condition qu’elle revienne chaque fin de semaine « donner » son salaire ! Mais Marie s’en fiche, oui, elle est d’accord, peu importe, pas grave.  Ce départ a un goût de liberté et elle ne pense plus qu’à cela …

Lundi 8H , la jeune femme est devant la porte en bois de cette grande maison bourgeoise,.elle sonne ,la porte s’ouvre devant cette grande femme qui serait désormais sa patronne.On lui montre la cuisine, le salon et la toute petite pièce qui lui servira de chambre. C’est tout petit oui bien sûr, mais bien plus coquet et confortable que ce qu’elle a connu jusqu’à aujourd’hui. On lui dit à quelle heure elle devra servir le petit déjeuner, habiller l’enfant, l’accompagner à l’école , faire le déjeuner ect …On lui dit aussi que « Monsieur » n’est pas ici, qu’il est en voyage pour son travail et qu’il ne sera pas de retour avant la semaine prochaine. Le travail et les journées de Marie s’organisent peu à peu. Celles-ci sont longues et bien remplies mais elle est heureuse. On vient de lui annoncer qu’on est très satisfait de ces premiers jours de travail et qu’elle restera au service de la maison Delattre …

Un matin Marie se lève comme à l’accoutumée, très tôt, pour préparer le petit déjeuner de la maison. Elle entre dans cette grande cuisine et se retrouve nez à nez avec un homme qu’elle ne connaît pas. Il la salue et se présente en lui disant qu’il est Jean Delattre « Et vous quel est votre prénom mademoiselle ? »… » Je m’appelle Marie » répond t-elle timidement.  

A ce même instant, leurs yeux se croisent et elle ressent au fond d’elle une douce sensation qui lui plait, la trouble en même temps, cela ne la quittera jamais plus jusqu’à la fin de sa vie …


Les jours vont passer sans qu’il ne se passe quoi que ce soit ; juste un échange de regards et des mains qui se frôlent quand elle apporte un plateau ou ouvre une porte. Les semaines les unes après les autres ne vont faire qu’amplifier cet amour naissant. Marie sait qu’elle aime profondément cet homme et elle n’aime pas ce qu’elle entend presque chaque soir de la bouche de cette femme pendant leurs disputes. Elle sait que Jean est malheureux et souvent elle l’entend partir le soir tard en claquant la porte et revenir au petit matin.

Et puis un jour, un bébé a décidé de naître en cette fin de soirée, la sage femme doit partir très vite et ne rentrer que le lendemain. Alors, Jean viendra rejoindre Marie dans sa chambre et ils vont s’aimer pour la première fois cette nuit là. Ce sera aussi la première fois pour Marie et elle racontera bien plus tard à une jeune femme émue d’écouter ces souvenirs, qu’elle avait pleurer d’amour cette nuit là , oui c’est vraiment l’expression qu’elle utilisera , pleurer d’amour.

La fin de la semaine arrive, Marie doit rentrer chez elle pour aller voir sa famille et surtout porter ses gages tant attendus par la tante. Et là quand elle arrive, surprise, on a invité à déjeuner un jeune homme, le fils d’un voisin. La tante est étrangement gentille, Marie a peur, elle a peur de ce qui va se passer. Sa sœur Camille la regarde avec tant de tristesse, elle qui connaît son secret. Marie a compri, on veut la marier ! Oui le fils du voisin,.rattacher les deux propriétés, « c’est le mieux pour toi, tu as l’âge, il fera un bon mari, il est gentil, vous vous marierez en juillet » ordonne la tante.

Marie reste sans voix, désespérée. Elle pleure toute la nuit …Elle ne peut se marier avec cet homme qu’elle n’aime pas, c’est au dessus de ses forces. Elle aime Jean, elle l’aime passionnément. Oui mais Jean est marié, a une petite fille, une entreprise, une certaine notoriété, une vie avant elle et une vie si différente de la sienne. Marie prend soudain conscience de leur différence de milieu, elle ne peut lui imposer sa présence .Elle réfléchit longuement et prend sa décision, une décision qui lui brise le coeur.

Marie s’est glissée dans la chambre de sa sœur, elle la regarde dormir et vient l’embrasser pour lui dire au revoir, elle sait qu’il passera du temps avant qu’elles ne se revoient. Doucement elle pleure. Elle passe aussi une main douce sur le visage de ses deux frères et quitte la maison, sans se retourner. Elle a juste assez d’argent pour prendre le train, jusqu’à Royan. .On est dimanche, mais Marie ne se démoralise pas et arpente les rues de la ville à la recherche d’un travail. . En fin d’après midi, elle trouvera un emploi dans un hôtel et ira faire envoyer un télégramme pour prévenir sa patronne d’un problème familial et qu’elle ne pourra plus désormais travailler chez eux. Elle laisse ses coordonnées pour qu’on lui envoie ses derniers gages, ce qu’on refusera de faire bien entendu, puisqu’elle était partie d’une façon un peu cavalière avait-on juger.

Jean racontera qu’il était fou de douleur et qu’il essaiera à plusieurs reprises de la joindre par téléphone mais Marie refusera de répondre, alors il écrit, lui déclare tout l’amour qu’il a pour elle, qu’il ne peut vivre sans elle, qu’il viendra la voir, il la supplie de le laisser la voir. Marie l’attendra sur cette grande plage et ils passeront la journée ensemble à s’embrasser, discuter et à profiter du regard amoureux de l’autre. Jean ne voulait plus partir, se raisonner, il le fallait pourtant.

Ils s’aimèrent ainsi, dans la clandestinité pendant plus d’un an. Et puis un jour d’été, Jean est arrivé devant l’hôtel où Marie travaillait, avec sa valise et sa voiture en lui disant qu’il ne la quitterait plus jamais …

Et jean a tenu sa promesse. Ils vécurent très heureux, d’un amour grandissant tous les jours, une passion de chaque instant, malgré les 18 années qui les séparaient. Seule ombre à leur tableau, le bébé qu’ils ont attendu longtemps et qui n’est jamais venu.

15 août1992 , Marie laisse « partir  son amour «, il ne peut plus lutter contre ce mal qui le ronge. Elle a cru mourir de chagrin à cet instant. Et pour revivre son histoire et survivre .elle passera des heures à raconter passionnément sa vie à une autre petite Mary. Celle ci l’écoutera avec tant d’émotion à chaque fois qu’elle s’assiéra en face d’elle dans ce grand canapé orangé, la regardant avec tendresse caresser son chat.

22 décembre 2000, Mary pleure. Elle vient de perdre un être précieux, une femme exceptionnelle qui lui avait tant apporté ; de la tendresse, de l’amour, ce qu'était le respect, le don de soi, la tolérance.

Mais Mary sait que Marie est, et restera dans son cœur pour toujours, elle sait aussi qu’elle a été pour elle, la fille et la petite fille qu’elle n’a jamais eu et que cela les a rempli de bonheur chaque jour qu’elles ont passé ensemble …



Mary …2000












 

10:00 Écrit par Mary dans Général | Lien permanent | Commentaires (7) |  Facebook |

22/10/2008

L'Heure Bleue

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C'est l'heure que je préfère,
On l'appelle l'heure bleue
Une heure où tout devient plus beau,

Plus doux, plus lumineux
C'est comme un voile de rêve
Qu'on mettrait devant ses yeux

 Une heure bien trop brève
Une heure incertaine, c'est une heure entre deux
Où le ciel n'est pas gris même quand le ciel pleut
Le jour s'évanouit peu à peu
Une nouvelle  nuit attend son tour
Un soir à  Paris où ailleurs

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C'est l'heure de l'attente quand on est amoureux
Attendre celui qu'on aime, il n y a rien de mieux
Quand on sait qu'il va venir
C'est le moment le plus heureux.

L’heure qui me renverse, entre douceur et passion …

Mary

08:30 Écrit par Mary dans Général | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

01/10/2008

L'envers du Décor (suite)

Photo : Irène Hopeirene_hoppe_4

Pendant de longs instants, ils ne sûrent pas quoi se dire et puis le plus naturellement du monde ls phrases s’enchaînèrent pour raconter leurs vies respectives. Ils avaient les mêmes attentes, les yeux tournés vers le même avenir, même si ce n’était pas ensemble qu’ils avaient fait ce chemin pendant ces longues années .

Elle regarda sa montre, il fallait qu’elle rentre, vraiment. A contre cœur, elle se leva et il la suivit sans dire un mot, le cœur serré de cette séparation pourtant inévitable.

Ils marchèrent longtemps côte à côte, d’un pas léger et lent surtout, pour retarder le moment de la séparation. 

Son cœur s’affolait, ses tempes battaient très fort. L’espace d’un instant elle réalisa qu’ils s’étaient pas à pas, millimètre par millimètre, éloignés de la rue bruyante pour se retrancher dans l’embrasure de cette porte cochère.

Le sang monta en lui, partout, de la pointe de ses pieds à ses joues. Il vint près d’elle, qui s’était calée contre ce mur. Le plus naturellement du monde, sa main glissa doucement sur la robe soyeuse, cherchant l’ourlet sublime, la couture frontière, cette ligne de tissu lui ouvrant le passage vers l’envers du décor. Puis la main rencontra la jambe nue et commença à remonter, tendrement, le long de cette nouvelle douceur. 

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Elle ferma les yeux et se laissa emporter par ce doux tourbillon de sensations.

Elle sentait ses fesses frémir, ses hanches attendre le contact sans hésitation. Elle sentait son ventre onduler en voyant la vague venir, son buste bouillir d’impatience. Elle sentait ses seins  se tendrent sous le tissu de sa robe.

La main reprit son mouvement, lentement, délibérément. Elle atteignit cette zone ou les cuisses deviennent une et changent de nom. Des doigts fins trouvèrent le tissu léger d’une culotte. Délicatement, la main fit d’abord le contour, de bas en haut, puis d’un côté à l’autre, mélangeant sa moiteur à celle qu’elle rencontrait à la surface du tissu tendu par une bombe charnue.
Elle laissa échapper un petit soupir de plaisir qu’il vint cueillir sur ses lèvres. Elle vint coller son front contre le sien et ils profitèrent longuement du regard de l’autre en souriant, comme deux grands idiots, imaginant alors le temps,

Tout le temps qu’ils avaient perdu avant de se rencontrer mais heureux de celui qui leur restait à partager …

 Mary

 

 

 

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